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Comprendre

Comprendre l'amnésie traumatique

40 % des personnes victimes de violences sexuelles ne se souviennent pas, ou que partiellement, de ce qu'elles ont subi. Ce n'est pas un oubli — c'est une protection.

par Soigner • Vivre • Sourire · 3 mai 2026

Une protection, pas un oubli

L’amnésie traumatique n’est pas un manque de mémoire ordinaire. Ce n’est pas non plus de l’imagination, du déni ou de la mauvaise foi. C’est un mécanisme neurologique de protection que le cerveau met en place face à un événement qu’il ne peut pas intégrer normalement.

Lors d’une violence sexuelle, le stress devient si intense que le cerveau disjoncte une partie de ses circuits — c’est le seul moyen pour la personne de survivre psychiquement à l’événement. L’hippocampe, qui aide normalement à ranger les souvenirs en mémoire de long terme, se trouve déconnecté. Le souvenir est là — quelque part — mais il n’a pas été classé au bon endroit. Il flotte, fragmenté, hors de portée de la mémoire consciente.

Combien de personnes sont concernées

Près de 40 % des personnes victimes de violences sexuelles présentent une forme d’amnésie traumatique : totale (aucun souvenir des faits) ou partielle (souvenirs flous, fragmentaires, pas datés, parfois vécus comme « pas vraiment réels »).

Cette amnésie peut durer des mois, des années, voire des décennies. La durée moyenne pour libérer la parole est de 12 ans ; pour certaines personnes, c’est beaucoup plus long.

Comment ça se manifeste

L’amnésie traumatique ne dit pas son nom. Elle se vit souvent sans qu’on sache la nommer. Quelques signes possibles :

  • Des trous dans une période de l’enfance ou de l’adolescence — des années entières dont on n’a aucun souvenir précis.
  • Un sentiment d’irréalité quand on évoque certaines périodes ou certains lieux : « comme si ça ne s’était pas passé pour moi ».
  • Des réactions corporelles disproportionnées sans cause connue : malaise face à une odeur, un geste, un type de personne, sans pouvoir l’expliquer.
  • Des cauchemars répétitifs dont on ne se souvient pas au réveil mais qui laissent une angoisse.
  • Des fragments qui remontent par éclair — une image, une sensation, un bruit — sans contexte autour.

Aucun de ces signes, pris seul, ne « prouve » qu’il y a eu violence. Mais leur accumulation, ou le sentiment persistant que « quelque chose ne va pas et je ne sais pas quoi », mérite d’être travaillé avec un·e thérapeute.

Quand des souvenirs reviennent

Les souvenirs peuvent revenir des années plus tard, souvent par fragments et souvent par surprise : un détail du quotidien (une odeur, un lieu, un mot dit par quelqu’un, une scène de film) déclenche un retour brutal. C’est ce qu’on appelle une reviviscence ou un flashback.

Ces retours sont toujours déstabilisants :

  • Ils peuvent ressembler à des images très vives, à des sensations corporelles, ou à un mélange flou.
  • Ils sont parfois accompagnés d’angoisse, de honte, de dégoût, de colère, ou d’un curieux détachement.
  • Ils peuvent faire douter : « est-ce que j’invente ? ». Cette mise en doute est elle-même une réaction de protection, très fréquente.

Si des souvenirs commencent à remonter pour vous, ne restez pas seul·e. Un accompagnement thérapeutique adapté permet de les accueillir et de les intégrer sans qu’ils vous submergent.

Et si je n’ai pas de souvenir clair ?

C’est une question légitime. Beaucoup de personnes la portent en silence, par crainte d’« inventer » ou de ne pas être prises au sérieux.

Il n’y a pas besoin de souvenirs précis pour entrer dans un travail thérapeutique. Les parcours de soin de l’association Soigner • Vivre • Sourire — que ce soit EQUI•STAB (5 séances de stabilisation) ou EQUI•THE (parcours de reconstruction) — accueillent aussi bien les personnes avec des souvenirs clairs que celles qui composent avec des trous, des doutes, ou seulement des sensations.

L’objectif n’est pas de « retrouver des souvenirs » à tout prix. C’est d’apaiser le corps, de réguler les émotions, et de permettre à la personne de revenir à elle-même — souvenirs ou pas.

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